C'est un conteur contemporain, l'un des plus étonnants... ?
Fils d'agriculteurs, rural dans l'âme, le patois est sa langue maternelle. « A mon entrée en sixième, je me suis rendu compte que c'était une tare. Ce fut un vrai traumatisme et je devais le payer encore plus tard au moment de draguer la fille du minotier ».
Si à ses commencements le verbe était patoisant, le premier savoir-faire de Yannick Jaulin fut surtout de tendre l’oreille. Ce poitevin nomade, funambule de la langue a fait ses classes de conteur, adolescent, en collectant le parler régional et des histoires, des contes, des chansons dans l’élan d’un grand mouvement de culture populaire (l’UPCP : Union poitou-charentes pour la culture populaire…). De ce « fort moment émotionnel de la transmission », Yannick Jaulin a gardé cette qualité d’écoute qui le nourrit et l’envie de raconter, de restituer à sa façon les petits et grands trésors de la vie. « Plus je m’enfonçais dans le pays, plus j’avais l’impression de connaître le monde entier » raconte-il aujourd’hui. Il a depuis fait sienne cette phrase de Tolstoï : « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village ».
Il quitte son attirail de collecteur le temps de courtes études de droit, d’une traversée du Québec et des Etats-Unis en stop, de virées en Irlande et en Afrique vendant des cartes postales, monnayant des 404… Et s’il revient, à 25 ans, c’est déjà pour allier sur les planches le familier et l’inédit. « Je faisais du rock en patois. Je me suis aperçu que ça rendait mes histoires nettement plus intéressantes… ». Raconteur poitevin au milieu des griots africains, il devient vite « exotique » !
A 27 ans, il en fait son métier. Il continue à glaner pour bâtir ses spectacles tout en devenant le fer de lance d’une nouvelle génération de conteurs engagés dans une modernisation du conte… pour dépoussiérer l’image ringarde de cet art ancestral devenu, à l’heure des médias, une pratique des coins de cheminées.
Un univers à la fois surréaliste et fortement ancré…
Il se crée un monde, un village universel dont l’improbable nom est Pougne-Hérisson. Vivent là des Jacky en R12, des Josinete, des fées sidérales et des loups-garous, motards pour la frime et joggeurs pour perdre leurs poignées d’amour. A partir de 1990, il tisse des histoires de nombril du monde autour de ce village. Par aller-retours, de la scène au pied du château, il construit avec la population, des fêtes décalées, drôles et poétiques (Sacré Nombril, Jardin-Partie du Nombril…).
Il y brasse un onirisme zébré d’humour, une incroyable imagination et des trésors de poésie. Rabelaisien, il vit avec une vraie sincérité, toujours accompagné par le village, son engagement citoyen. Laissant à d’autres les théorisations, la manifestation festive veut sortir ce milieu rural de la nostalgie où il se terre. La tête dans les étoiles, les pieds bien ancrés… cette aventure confidentielle aux allures surréalistes attire festivaliers, artistes et médias de tout l’Hexagone.
Le comédien-conteur
A 45 ans, après avoir traité la Mort avec une rare justesse et un savoir-faire savoureux dans "J’ai pas fermé l’œil de la nuit…", il est présenté comme un « diseur, chanteur, comédien, philosophe, humoriste », pour mieux dire un « rêveur de haut vol », il affiche son éclectisme. Un peu rock n’ roll, volontiers caustique sur scène,Yannick Jaulin est devenu comédien-conteur.
Son travail artistique est reconnu par un public de plus en plus large. Sa poésie personnelle, zébrée d’humour, empreinte de mots d’hier et d’aujourd’hui, en fait un artiste décalé de la scène française, résistant aux classifications.
Les compagnonnages artistiques
Si son ancrage au territoire lui donne sa matière nourricière, sa curiosité et son appétit de voyages et de rencontres fécondent sa démarche artistique.
Il continue les collectages, les rencontres et trouve sa route à l’instinct, à travers ses vagabondages créatifs. Quand se tromper permet de mieux se nourrir…
Gardant à l’esprit ce questionnement permanent : « Que et comment raconter aujourd’hui ? Comment replacer les grands mythes au coeur de notre monde en partant du quotidien de l’humanité ? ». Il a d’abord écrit ses spectacles à partir des grandes trames de contes et de mythes, en y mêlant le fruit de ses collectages, pour donner à ses récits la chair indispensable et des habits contemporains.
C’est un voleur d’histoires qui réécrit le fruit de ses collectes et les met au service de son propos.
C’est depuis "J’ai pas fermé l’oeil de la nuit...", que Yannick Jaulin va chercher, au coeur même des tranches de vie et des histoires singulières, les expressions de l’universalité.
Ses compagnonnages avec le théâtre (Wajdi Mouawad au Québec notamment) l’ont amené à une écriture beaucoup plus élaborée où la dramaturgie, le fil tendu est primordial.
Sa complicité maintenant ancienne avec Frédéric Faye sur le jeu l’a amené à habiter ses personnages avec la plus grande justesse. Il passe ainsi de la narration à l’interprétation, de l’adresse publique du conteur au monologue du comédien avec la plus grande aisance, travaillant sur la rupture donnant à ses spectacles une touche très particulière.
« j’aime prendre le public par la main, le prendre où il est, qu’il me fasse confiance pour me suivre tout le long du spectacle »
Dans cette humanité et sa diversité de caractères, ce sont autant le comédien que l’humoriste qui s’exercent. Si on ajoute, une scénographie épurée et inventive, une musique complice, c’est donc à un spectacle total que nous convie Yannick Jaulin, le conteur, qui au centre de cette composition, reste le maître du jeu.
Trophées, distinctions et autres bons points
Tasse d'or et grand prix au festival Performance d'acteur de Cannes (1990 et 2001)
Grand prix de l'innovation culturelle, décerné par Mme Catherine Trautman ministre de la culture (1999)
Fonde Le beau monde ? Cie Yannick Jaulin à Pougne-Hérisson (1996)
Elu à l’unanimité moins un « Deux-Sévrien de l’année » (1995)
Créé le premier Sacré Nombril (1990)
Après une fuite en chaussettes à travers la forêt de Mervent (Vendée), le droit d’asile politique lui est accordé à Niort sous le nom de Yannick Jaulin (1983)
Et aussi : prix du public au festival d'humour de Vienne, vice-champion de camaraderie à la foire de la pomme de Secondigny, prix spécial du jury au festival d'humour de Lyon, chevalier de la Mogette vendéenne, chevalier de la Canette de Bouillé-Loretz, Parrain de la vigne de Cap-Breton, citoyen d'honneur de Pougne-Hérisson (1983)…et promu au grade de Chevalier dans l'ordre des Arts et Lettres, le 1er janvier 2005 -
Chemin de faire
Terrien, 2007
Forêts, 2006
Plus loin a l’Est c’est l’Ouest, 2004
Menteur, 2003
J’ai pas fermé l’œil de la nuit…, (2000)
Enchanté, (1999) récital de contes
Mick de Chaï – Spectacle rock en parlanghe, (1998)
Rien que du beau monde, (1996)
La vie des roses, (1994)
Pougne-Hérisson, (1991)
Géants, (1989)
Gargantua, Contes de Château-Fromage, (1987)
Feux follets (1986)
Tradition du goût, La mogette d’or, (1985)
La beroète à Balthazar, La montagne verte (avec Gérard Potier), Jan do Fiao - spectacle rock en parlanghe, (de 1980 à 1985).
Disco-livro-DVD :
Discographie :
Menteur, (livre CD), Geste Diffusion
J’ai pas fermé l’œil de la nuit…, (livre CD), Geste Diffusion
Contes du Marais Poitevin, Geste Diffusion
Contes d’animaux, Geste Diffusion
Rien que du beau monde, L'autre label
Contes pour les drôles et les moins drôles, L'autre label
Contes pour les drôles, Zéro de conduite – Naïve
Mick de Chaï, Le beau monde ? Geste Diffusion
Jan do Fiao, L'autre label
La vie des Roses, L'autre label
Pougne-Hérisson, L'autre label
Livrographie :
J’ai pas fermé l’œil de la nuit… (texte intégral), Geste Diffusion
Il était une fois J'ai pas fermé l'œil de la nuit (co-écrit avec Titus), Le beau monde ?
La légende de Pougne-Hérisson, le Nombril du Monde (co-écrit avec Titus), Le beau monde ?
Jaulin raconte Pougne-Hérisson (texte de spectacle suivi d’un entretien avec Nathael Moreau), éditions paradox 2004
Vidéographie :
Les plus belles histoires de Pougne-Hérisson (vol. 1 et 2), Geste Diffusion
En DVD longue durée avec en Bonus la grande visite de Pougne-Hérisson
La vie des Roses, Astérios productions