| La mobylette lui fait souffler le vent de la liberté et lui donne l'assurance qui lui manquait auprès des filles. Une nouvelle vie se profile, loin du contexte castrateur de la ferme familiale et du carcan scolaire. Elle se noue à travers une rencontre décisive, à tous égards initiatique. Amoureux de la fille du minotier, il rejoint le groupe folklorique d'Aubigny, l'Aiguail (la rosée, en parlhange), dont celui-ci a la charge. Guy Mallard, homme fougueux et charismatique, jouisseur et libertaire, indécrottable militant de l'éducation populaire, permet à Yannick de franchir la ligne de démarcation tracée à l'époque au fer rouge, surtout en Vendée. Du patronage et de la messe dominicale (qu'il commence à déserter à l'insu de sa mère), Yannick vire à la cause laïque et aux effluves de la débauche. "Je passais à l'ennemi. J'étais un pestiféré pour les curetons mais en même temps suspect pour les laïques car je venais de chez les cathos". Son père connaît bien Guy Mallard et ne trouve à redire à sa participation au groupe folklorique. C'est donc comme chanteur en patois et danseur en costume traditionnel que Yannick fait ses premiers pas sur scène. |
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| Mais la danse folklorique, à la sauce de Guy Mallard, emprunte des techniques modernes, invite à la liberté du geste, recherche la chorégraphie, travaille le son et la lumière. " Yannick était inventif, déjà à l'aise sur scène, c'était lui qui, avec son bagout, emmenait le groupe où il voulait ", se souvient-il.
Bien que cette expérience lui donnât le goût des planches, l'essentiel était ailleurs. Dans l'esprit et dans la démarche de l'UPCP (l'Union Poitou-Charentes pour la culture populaire), puissant mouvement d'éducation populaire des années 70 fondé par les protestants des Deux-Sèvres, dont l'Aiguail n'était qu'une des composantes. Face à l'État jacobin, l'urgence est à la revalorisation des cultures régionales, à la recherche de l'identité, à la sauvegarde des traditions orales, surtout en Vendée où des collectages sont organisés à grande échelle. Guy Mallard mobilise les ados du pays à la cause. Il les rassemble en stage pour leur apprendre à manier les magnétophones, à prendre des photos en se faisant oublier, à réaliser les développements et les tirages, et surtout, à préparer les entretiens, à favoriser les approches, à humaniser les rencontres." Je leur fichais la paix le reste du temps mais j'étais exigeant dans leur comportement vis-à-vis des anciens, observe-t-il. Ils devaient avoir le respect de la culture populaire. Yannick était un boute-en-train mais il travaillait sérieusement car il avait ce respect-là. Il avait un tel appétit qu'il s'est totalement investi dans le projet. Et il avait pour lui d'avoir le contact facile, d'aimer le pays, de parler le patois et de s'adapter facilement aux différentes personnes et à toutes les situations." Ainsi sont lancées les Opérations de sauvetage de la tradition orale paysanne (Ostop). À Triaize, dans le sud de la Vendée, 250 ados hébergés pendant cinq jours dans une salle des fêtes - " ça picolait, ça fumait et ça baisait dans tous les coins ", rapporte Yannick - sont lâchés dans la nature en quête du Graal. Les voitures sillonnent les campagnes, les portes s'ouvrent, les langues se délient. Des tranches de vie, des histoires, des légendes, des chansons, tout témoignage relevant de la mémoire du pays est mis en boîte et exploité le soir-même! Des nuits à retranscrire la parole des anciens, à adapter une chanson et à la mettre en musique, avant de répercuter l'ensemble de ce matériau dans un fonds commun, le Centre d'études, de recherche et de documentation sur l'oralité (Cerdo), à Parthenay. " Je ne perdais pas une miette de ces rencontres, elles me transportaient, elles renforçaient ma propre identité, témoigne Yannick. Ce qui me marquait le plus, c'est la qualité humaine de ces vieux, leurs itinéraires incroyables. Un prétexte à l'humanité. Je me souviens de cette féministe avant l'heure, de soixante balais, qui ne s'était jamais mariée, sans doute trop de douleurs silencieuses. Elle se vengeait des gars en les saoulant dans les fêtes. C'était son combat sa fierté, les seuls possibles pour elle sans doute. Yannick ne le sait pas encore mais sa matrice artistique est en train de prendre corps. Non seulement il puise la matière première qui nourrira son imagination mais il perçoit dans l'humanité des anciens une richesse qui donnera sens à sa démarche de conteur. Avec fièvre et voracité, il assouvit son appétence de la vie et sa curiosité à travers les collectages d'histoires et les multiples activités de création orchestrées par Guy Mallard et imaginées par André Pacher, le théoricien du mouvement de l'UPCP : le groupe folklorique, on l'a vu, mais aussi les analyses de film, les montages vidéo, les ateliers photographiques ou encore les conceptions de grands spectacles de plein air sous forme de livres vivants, dont de Villiers s'est inspiré pour le Puy-du-Fou. Imprégné de la culture locale, déterminé à cette époque à ne prêcher que le patois, Yannick s'éloigne toutefois de la ferme familiale et de son univers clos, sinon pour y cultiver " la meilleure herbe du pays ". "Quand je ne collectais pas les histoires, je picolais et je racassais les drôlesses.Ça garochait ! " Son père confirme : " C'était un bringueur. Y prenait des cuites au cul de la barrique ! " Trop longtemps bridé, Yannick lâche les amarres. Jusqu'ici cantonné aux ritournelles de Gérard Lenormand qu'il enregistrait à la radio, ses camarades lui ouvrent d'autres horizons, le rock progressif, Pink Floyd, Jack Kerouac, Timothy Leary, les incontournables de la culture hippie. Disponible dans la boutique en ligne!!! |
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